Les maîtres de l’Horreur: David Cronenberg.

CronenbergFils d’un père journaliste et d’un mère pianiste, David Cronenberg a grandi dans une atmosphère raffinée et a reçu une excellente éducation. Il y a cependant un évènement qui a marqué sa jeunesse: la maladie de son père, un cancer. Cette approche précoce de la mort s’est encore renforcée lorsque sa mère souffra des mêmes symptomes. Entouré de médicaments, de traitements et proche d’un environnement hospitalier, Cronenberg développa une fascination morbide pour la déterioration du corps humain. En réalité, c’était une façon de conjurer les peurs liées au sort de ses parents.

Aller au cinéma était une façon de renforcer cette tristesse, bien qu’il eut un attrait précoce pour les films d’horreur. Peut-être parce que ces films était moins crédibles dans l’horreur que ce qu’il pouvait connaître chez lui.

A l’Université de Toronto, il commença enfin à expérimenter avec une caméra. Son premier film fut un court métrage de 7 minutes, « Tranfer », qui incarne son penchant pour la psycho-analyse. Dans ce film, un psychiatre est harassé par une patiente d’une façon qu’utilisera ensuite Cronenberg pour refléter la démence.

Le court-métrage suivant, « From the Drain » présente deux personnages dans une baignoire qui discutent des possibilités d’une guerre bactériologique. La fin soudaine, dans laquelle un monstre surgit de l’eau et dévore l’un des deux protagonistes, offre un nouvel exemple du fatalisme noir de l’auteur, obsédé à ce moment par l’idée de la mort. Peut-être cette même obsession l’a conduit à devenir un fan des courses de voitures, où le risque était élevé.

Grâce à ce travail remarqué dans le court-métrage, Cronenberg obtint de travailler pour la télévision canadienne. Ce contrat lui permit, entre autres, de voyager en France.

Malgré son intérêt pour les voitures, Cronenberg n’a pas abandonné les sujets qui l’ont fait connaître au niveau international. Sa filmographie devint ainsi conséquente.

Filmographie sélective.

STEREO (1969).

StereoAprès les courts-métrages Transfer et From The Brain, David Cronenberg tourne son premier film d’une durée d’une heure trois minutes seulement. Expérimental, ce moyen-métrage évoque des interventions chirurgicales reliées à des pouvoirs télépathiques. Influencé par le Alphaville de Jean-Luc Godard, David n’a alors que vingt-six ans et un budget ridicule de trois mille cinq cent dollars.

CRIMES OF THE FUTURE (1970).

Crimes of the FutureComme Stereo, Crimes Of The Future est narré par une voix off et sa durée ne dépasse pas une heure et trois minutes. Le récit se déroule dans un monde futur où des cosmétiques empoisonnés sont tout autant responsables de l’élimination de toutes les femmes post-pubères que la régression biologique des hommes. Le responsable de ce fléau n’est autre que le dermatologue Antoine Rouge, lequel se réincarne dans le corps d’une jolie jeune femme… Sur un scénario bien frappé se construit une œuvre ouvertement expérimentale. A la limite de l’underground, celle-ci contient déjà tous les germes des œuvres futures du maître.

FRISSONS (1976).

FrissonsLe film qui lance brutalement la carrière de David Cronenberg est outrancièrement gore. Volontiers malsain, le récit se déroule dans un ensemble immobilier ultra moderne où prolifèrent des parasites gluants et agressifs, sortes de limaces phalliques adeptes de la pénétration sanglante. Il s’agit en fait des résultats de recherches du Dr. Hobbes savant adepte de certaines théories nazies et en quête d’une réponse à l’expression libérée de la sexualité de ses contemporains… Glauque, Frissons bénéficie de la présence lumineuse de Barbara Steele, actrice britannique devenue star du fantastique italien pour avoir été la sorcière du Masque du Démon en 1962.

RAGE (1977).

RageFort du succès de Frissons, David persiste dans l’horreur organique en s’emparant d’un cas de vampirisme dénué de tout romantisme gothique. La cause de cette particularité est symbolisée par une greffe perpétrée par le Dr. Keloïd sur une accidentée de la route. A son réveil, celle-ci se retrouve garnie à l’aisselle d’une plaie d’où jaillit une trompe phallique. Ce membre incontrôlable pompe le sang et fait bientôt des ravages dans l’entourage de la malheureuse… Pour tenir le rôle principal de Rage, David choisit Marilyn Chambers, une hardeuse de la première heure qui s’avère être une excellente comédienne. Le titre du film est clairement illustré dans une séquence choc de démence collective où les victimes se charcutent la bave aux lèvres.

CHROMOSOME 3 (1979).

Chromosome 3Le plus organique des films de David Cronenberg est aussi l’un des plus flippants. Dans une clinique privée, le docteur Raglan (feu Oliver Reed) expérimente une forme avant-gardiste de psychothérapie. Baptisée psychoplasmie, celle-ci a pour but de soigner les troubles mentaux en provoquant chez le patient un rejet physique du mal qui le ronge. Son corps se met dès lors à générer des symptômes aussi sympathiques que des plaies et des pustules.

Plus grave est le cas de Nola Carveth (Samantha Eggar) qui matérialise le choc émotionnel de son divorce en donnant naissance à des enfants mutants dépourvus de nombril, de sexe et d’estomac. Ces enfants à la croissance supersonique sont l’incarnation des pulsions meurtrières qui animent Nola, nées du désir de se venger de son ex-mari, responsable de la garde paternel de sa petite fille. Cronenberg franchit un nouveau pas dans l’horreur en filmant l’éprouvante séquence de la naissance des ignobles bambins.

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FAST COMPANY (1979).

Fast CompanyMineure dans la filmographie de David Cronenberg, Fast Company est également une œuvre marginale même si le film annonce l’univers mécanique de Crash. Inédit dans les salles françaises, Fast Company raconte une tranche de la vie de Lonnie Johnson, champion de draster avide de vitesse, de femmes et d’argent… Au générique, William Smith, John Saxon et Claudia Jennings jouent leur rôle d’abonnés aux séries B. Pour l’horreur cérébrale, il faut attendre le prochain film et se contenter d’évaluer les litres d’essence dépensés pour le film.

SCANNERS (1981).

ScannersDe retour au cinéma fantastique, David réalise Scanners qui s’inscrit dans la lignée de ses films précédents en développant une réflexion sur les dangers des manipulations physiques et psychiques. À la tête de dangereuses expériences, le spectateur à la joie de découvrir le Dr. Ruth interprété par Patrick McGoohan, le fameux n° 6 de la série télévisée Le Prisonnier. Ce dernier est malheureusement assassiné par un rival qui, grâce à l’usage d’une substance interdite, l’éphémerol, développe les pouvoirs psychiques des  » scanners « . Possédant la faculté d’agir sur autrui, ces mutants ont un don télépathique qui, à grande puissance, provoque l’explosion des têtes ! Si Scanners n’est pas le meilleur Cronenberg, il est assurément l’un des plus spectaculaires.

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VIDEODROME (1983).

VideodromeEncore aujourd’hui, Vidéodrome est très justement considéré comme une œuvre prophétique, en avance sur son temps. Patron d’une chaîne spécialisée dans les programmes pornographiques, Max Renn (James Woods) capte par hasard un réseau illicite et clandestin baptisé Vidéodrome, pour qui toutes formes de sexualités déviantes et de meurtres devant les caméras sont le lot quotidien. Tout à la fois fasciné et révulsé, Max Renn se métamorphose au contact de programmes réservés à une clientèle volontiers perverse… Vidéodrome est le moins narratif des films de David Cronenberg. À noter aux côtés de James Woods la performance convaincante de Deborah Harry, chanteuse du groupe pop Blondie.

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DEAD ZONE (1984).

Dead ZoneAdapté d’un livre de Stephen King, Dead Zone est un film qui mêle habilement fantastique et politique-fiction. À la suite d’un accident de la route, Johnny Smith (Cristopher Walken, parfait) se découvre des talents de médium. Il peut désormais deviner, par simple contact de la main, le passé et l’avenir. Un avenir qu’il devra préserver en éliminant un candidat à la présidence des Etats-Unis (Martin Sheen) qui, élu, provoquera une guerre nucléaire… David délaisse un temps ses obsessions pour un superbe thriller à l’atmosphère électrique dont, pour la première fois, il n’est pas l’auteur du scénario. Dead Zone est considéré, à juste titre, comme l’une des trop rares adaptations réussies de l’œuvre de King.

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LA MOUCHE (1986).

La MoucheA la demande de Mel Brooks, producteur inspiré de l’Elephant Man de Lynch, David Cronenberg dépoussière un antique classique de la science-fiction américaine. Le cinéaste s’approprie la métamorphose d’un scientifique en mouche humanoïde. En conséquence, un biologiste (Jeff Goldblum au meilleur de sa forme) abonné aux recherches expérimentales est victime de la fusion de ses molécules avec celles d’une mouche qui s’est introduite dans l’une des deux cabines de téléportations conçues par ses soins. Horrifié, Jeff assiste à sa propre métamorphose, au fur et à mesure que son métabolisme intègre les cellules de la mouche… Plus grand succès public de David Cronenberg, La Mouche est une œuvre fascinante, en total équilibre entre dégradation physique et horreur psychologique.

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FAUX-SEMBLANTS (1988).

Faux SemblantsAu centre de cette œuvre opaque, le cinéaste explore la gémellité complémentaire des frères Beverly et Elliott Mantle (doublement interprété par un Jeremy Irons époustouflant), gynécologues reconnus et appréciés. Si l’un multiplie les sorties mondaines et l’autres se consacre à la recherche médicale, les deux partagent la même clinique, le même appartement et les mêmes femmes.

L’équilibre de leur univers unidimensionnel est cependant chamboulé par l’intrusion de Claire Niveau (Geneviève Bujold), une actrice dotée de trois utérus. Fascinés, les deux jumeaux sombrent progressivement dans une lente déchéance physique et mentale, avant de se couper du monde en s’isolant dans leur clinique, transformée en sanctuaire… L’esthétisme médical cher au réalisateur atteint ici son paroxysme. Epuré, sobre et résolument funèbre, Faux-Semblants est sans contexte l’un des plus beaux films de David Cronenberg, alors au sommet de son art, et récompensé par une multitude de prix, d’hommage et de thèses estudiantines à répétition.

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LE FESTIN NU (1991).

Le Festin NuSeconde adaptation littéraire de David Cronenberg. Le Festin Nu est pourtant un roman de William Burroughs réputé inadaptable. En se frayant un passage dans un univers en décomposition totale. David Cronenberg est néanmoins arrivé à raconter l’histoire de Bill Lee (Peter Robocop Weller), cadre d’une société d’extermination de cafards, accusé du vol d’une précieuse poudre hallucinogène. Exilé dans l’Interzone, il cherche l’inspiration à l’écriture d’un roman dans la consommation de drogues qui le conduisent à une perception onirique et cauchemardesque de la réalité… Véritable kaléidoscope sur pellicule, Le Festin Nu réussi le pari d’être tout à la fois envoûtant, burlesque et fétide. Trop systématiquement comparé au livre de William Burroughs, Le Festin Nu est avant tout un film de David Cronenberg.

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M. BUTTERFLY (1993).

M ButterflyM. Butterfly serait-il une faille dans la cohésion d’une filmographie trop parfaite ? À regarder de plus près, le film évoque un faux-semblant physique et l’assujettissement d’un corps à l’esprit qui l’habite. En conséquence de quoi, nous sommes bien en présence d’un film de Cronenberg ! Edifiant, le récit se concentre sur la vie de Song Liling (John Lone, troublant), une supposée chanteuse d’Opéra en activité dans la Chine de 1964. Derrière ses gestes précieux, le maquillage et les superbes toilettes se cache un homme dont tombe amoureux un simple diplomate français, René Callimard (Jeremy Irons, again)… À la fois vaporeux et sensuel, M. Butterfly offre une reconstitution quasi-irréelle de la chine, à l’image de cette parte de féminité qui sommeille chez l’homme et peu prendre une apparence pour le moins singulière.

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CRASH (1996).

CrashEn quête d’une nouvelle ardeur dans la consommation de sa libido, un couple applique les préceptes érotiques d’un étrange individu adepte de l’automobile et de la vitesse. Sous l’emprise de ce guide spirituel, ils découvrent l’extase par l’accident de la route, la jouissance par la blessure et la mort dans le choc des carcasses d’acier… Plus épuré encore que Faux Semblants, Crash offre une mise en scène clinique et débarrassée de toute complaisance, au service de la description sans concession d’une société malade, à la recherche de nouvelles valeurs. Malgré une approche d’avant-garde qui limite la portée du message, le film demeure du grand art, audacieux et visionnaire. Cronenberg est dès lors reconnu par les intellectuels, en retard d’une décennie, comme un auteur et non plus comme un faiseur.

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eXistenZ (1998).

eXistenZProche de Vidéodrome par le thème abordé, eXistenZ dépeint un vaste complot qui vise à éliminer Allegra Geller (Jennifer Jason Leigh), créatrice d’un jeu virtuel directement connecté au système nerveux. La jeune femme serait totalement morte si un jeune stagiaire en marketing (Jude Law) ne l’avait pas arraché aux griffes d’une meute de fanatique. Entre virtualité et réalité, sans qu’il sache toujours où il en est, le couple démonte la mécanique de la machination… Quant à Cronenberg, il se plaît à brouiller les pistes en orchestrant l’interaction du virtuel sur le réel, et vice-versa. Le public est au rendez-vous et s’enthousiasme pour cette histoire de jeu dans le jeu, pleine de pods gluants et de chairs mutantes.

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Cronenberg s’est ensuite orienté vers les genres cinématographiques du thriller et du drame avec des films tels que: Spider, A History of Violence, Les Promesses de l’Ombre, A Dangerous Method, Cosmopolis et Maps to the Stars.

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